Mamady Kourouma explique que certaines idées naissent en observant un morceau de bois ramassé au sol. Les formes naturelles lui suggèrent alors une figure, un mouvement ou une histoire. Chaque pièce devient ainsi unique, façonnée en fonction du matériau utilisé.
Une enfance entre plusieurs pays
Mamady Kourouma est né en Côte d’Ivoire et est originaire de Guinée. Dès son plus jeune âge, il voyage beaucoup. Il passe notamment une partie de son adolescence au Mali pendant les vacances.
Ces déplacements ont profondément marqué sa vision du monde. Pour lui, voyager très tôt a été une forme d’apprentissage essentiel.
Selon lui, la vie enseigne parfois plus que l’école : observer les cultures, rencontrer les gens et s’adapter à différents environnements fait aussi partie de l’éducation.
Une famille d’artistes
Mamady grandit dans une famille déjà tournée vers la création. Son père, sculpteur depuis 1958, est aujourd’hui à la retraite. Sa mère, pratiquait le batik , un art textile traditionnel.
Malgré cet environnement artistique, ses parents souhaitaient qu’il suive une autre voie. Ils espéraient qu’il poursuive ses études pour devenir fonctionnaire ou bureaucrate.
Mais Mamady rêve de création. Dans un premier temps, il imagine devenir chanteur. Finalement, il se tourne vers la sculpture, un art qu’il découvre progressivement en observant son père travailler.
La sculpture comme moyen de survie
À l’âge de 18 ans, Mamady devient indépendant. La sculpture devient alors plus qu’une passion : elle lui permet de vivre.
Il travaille souvent dans la rue, sculptant devant les passants. Les personnes qui s’arrêtent achètent parfois ses œuvres qui lui permet d’acheter de quoi manger. Ce travail lui offre une forme d’autonomie et lui permet de continuer à voyager.
Avec le recul, il considère que cet art l’a protégé d’une vie de rue et lui a donné une direction.
Une œuvre marquante au Burkina Faso
Parmi les souvenirs marquants de son parcours figure une sculpture réalisée au Burkina Faso au début des années 2000. Intitulée La Dame du Sahel, cette œuvre s’inspire des femmes du Sahel qui parcourent de longues distances pour aller chercher de l’eau. À travers cette représentation, l’artiste met en lumière les réalités vécues dans les régions confrontées à la sècheresse. Cette réalisation contribue à accroître sa notoriété et constitue une étape importante dans sa carrière.
Plusieurs reportages lui sont consacrés, notamment sur TV5 Monde et dans le journal burkinabè Sidwaya.
Pour lui, ce moment reste particulièrement fort : sa famille découvre ces reportages et son père comprend alors que son choix de devenir artiste pouvait réellement devenir une réussite.
« L’art n’a pas de religion, pas de frontière et pas de pays. »
En 2005, alors qu’il se trouve en Belgique à la recherche de travail, Mamady participe à des démonstrations lors de parcours d’artistes organisés dans plusieurs villages. Un visiteur remarque rapidement la qualité de son travail et lui confie qu’il a « des mains en or ». Impressionné, cet homme le met en contact avec un groupe chargé de réaliser une sculpture monumentale dans la ville d’Auray, en Bretagne.
Le projet porte sur une statue de deux mètres représentant Sainte-Anne-d’Auray. Les responsables hésitent d’abord à lui confier cette réalisation, en raison de l’absence de diplôme officiel. Mamady leur répond simplement qu’il est capable de mener ce travail à bien.
Sur place, il découvre que plusieurs sculpteurs ont déjà travaillé durant des mois sans parvenir à finaliser l’œuvre. Il prend alors une décision radicale : repartir de zéro. Armé d’une hache, il efface le travail existant et recommence entièrement la sculpture. Après quelques heures, les autres sculpteurs préfèrent le laisser travailler seul, ne maîtrisant pas cet outil dont l’utilisation est jugée trop dangereuse.
Dès le lendemain, les responsables constatent la rapidité et la précision de son avancée. Convaincus, ils revoient sa rémunération à la hausse. Mamady annonce alors qu’il terminera la sculpture en une semaine. Il achève finalement la statue en six jours.
Lors de la présentation de l’œuvre, les habitants viennent nombreux découvrir le résultat. Certains s’étonnent d’apprendre que le sculpteur, prénommé Mamady – un prénom souvent associé à Mohamed – a réalisé une représentation d’une figure chrétienne. Cette réaction suscite des échanges, mais l’artiste répond avec simplicité, en rappelant que sa démarche s’inscrit avant tout dans une logique artistique et professionnelle.
Sans s’attarder sur les appartenances, il affirme que la création dépasse les cadres culturels ou religieux. Sa phrase, « L’art n’a pas de religion, pas de frontière et pas de pays », résonne alors comme une manière de recentrer le regard sur l’essentiel : le travail accompli et le message universel porté par l’art.
L’ébène, son bois de prédilection
Parmi les essences qu’il préfère travailler, Mamady cite souvent le bois d’ébène. Il apprécie particulièrement ses deux couleurs naturelles, le noir et le blanc.
Contrairement à certains artisans qui cherchent à masquer les parties plus claires, il choisit de les laisser visibles.
Pour lui, ce contraste est un symbole : il rappelle que les deux couleurs existent ensemble dans la nature et portent un message d’harmonie.
Un artiste présent entre l’Afrique et l’Europe
Les œuvres de Mamady Kourouma sont aujourd’hui présentes dans plusieurs galeries en Europe. Certaines commandes partent notamment vers l’Allemagne ou l’Autriche. Il possède également sa propre galerie au Cap Skirring, en Casamance.
À travers son parcours, il rappelle souvent l’importance de valoriser l’artisanat africain. Selon lui, l’art et la culture font partie des domaines dans lesquels les Africains peuvent s’exprimer avec fierté sur la scène internationale.
Transmettre et encourager les jeunes
Mamady Kourouma est aussi président d’une association en Casamance intitulée « L’art dans leurs mains ». L’objectif est d’encourager la création artistique et de transmettre des savoir-faire.
Il invite souvent les jeunes Africains à croire en leur talent et à ne pas se laisser décourager par le manque de diplômes ou de moyens.
Pour lui, l’essentiel est la confiance dans son savoir-faire :
« La valeur d’un artiste, c’est de croire en son art et en ce qu’il fait. »
À travers ses sculptures et son parcours, Mamady Kourouma continue de défendre une vision de l’art libre, inspirée par le bois, le voyage et l’expérience de la vie.








