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Économie, environnement

Le secteur de la recherche au Sénégal : le drame d’un secteur sous perfusion

Au Sénégal, la recherche scientifique n’est pas financée par l’État. De nombreux enseignants du supérieur se voient obligés de rechercher des financements auprès d’organismes et universités étrangères qui, naturellement, orientent les recherches qu’ils financent vers les secteurs qui attirent véritablement leur attention. Ne serait-il pas temps de mettre en place un véritable système d’accompagnement destinés aux chercheurs ?

Partagez cette page Publié le 11 juillet 2019 | 0 commentaire

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Un environnement institutionnel traditionnellement pesant

Pendant très longtemps au Sénégal, Les travaux de recherches sont essentiellement tournés vers ce que les services techniques locaux peuvent rapidement appliquer, sans innovation radicale. L’administration coloniale décide du choix des spécialités (agriculture, santé), et crée les principaux sites d’expérimentation ou d’observation (riz dans la vallée du fleuve, arachide dans le Ferlo) qui resteront longtemps fixés.

C’est vers la fin de la seconde guerre mondiale qu’un réel vent de modernité souffle sur le secteur et favorise petit à petit, le remplacement des stations par des centres de recherche.

La jeune Nation nouvellement indépendante qu’est le Sénégal des années 1960, hérite de la métropole une série de centres de recherche spécialisés, dont les coûts de gestion sont soutenus par le nouvel État, mais qui sont encore dépendants techniquement et scientifiquement de la France et dont les plus ancrées et les plus organisées restent tout de même celles spécialisée dans la santé et l’agriculture.

Un vent de renouveau

Au début des années 1970, avec la création de la Délégation générale à la recherche (DGR), s’installe une sorte de nationalisation du domaine de la recherche. Elle exerce son autorité sur tout organe ou institution, nationale ou étrangère, exerçant ses activités au Sénégal. Elle restructure le milieu de la recherche en définissant le statut de chercheur et motive la recherche universitaire (encore hésitante à l’époque), en la poussant à collaborer avec les instituts publics dans le cadre de laboratoires et d’équipements partagés.

L’évolution rapide qui s’en suit oblige à modifier le financement. Cette toute nouvelle impulsion scientifique nécessite un gros engagement de l’État, mais aussi des soutiens extérieurs plus conséquents. De 1070 à 1985, l’aide publique à la recherche a quasiment doublée, renforcée par des organismes internationaux et autres bailleurs.

Les fonds de la discorde

Mais comme partout ailleurs, les bailleurs aiment toucher du doigt les résultats de leurs investissements et s’impliquent donc plus dans la recherche-action, favorisant ainsi les instituts et corporations d’instituts de recherche, spécialisés (de préférence) dans leur domaine de prédilection. Ceci créa une sorte de concurrence entre les différends « types » de chercheurs et instituts de recherche, qui finira par aboutir sur éclatement de la DGR, qui ne sera désormais que l’ombre de la plateforme structurante qu’elle aura été.

Deux statuts de chercheurs se distinguent dès lors. D’une part les chercheurs en institut qui sont sous la tutelle de leurs structures, qui elles même sont désormais régies par des préoccupations de corps, de statut, de hiérarchie. Elles soumettent les carrières aux règles de leur corps, et les contenus à l’idée qu’ils se font de leurs missions et des produits attendus (rapports d’essais, conseil, manuels techniques). Elles offrent le confort et le prestige à leurs fonctionnaires (grâce à des publications dans des revues internationales par exemple). Mais la contrepartie est une forte dépendance aux commandes de recherche, la désormais principale ressource de ces instituts.

D’autre part, il y a les universitaires qui eux, finissent par se complaire dans le statut d’enseignant-chercheur, assez confortable aussi, mais la contrepartie est que les carrières seront gérées par une commission scientifique inter-États (le Cames), qui attribue une grande importance à la quantité et à la qualité des publications accomplies pour permettre aux carriéristes de monter les échelons. La recherche est ainsi devenue une « étape à franchir » pour prospérer à l’université. Celle-ci devient potentiellement une sérieuse concurrente des institutions phares qui, jusqu’alors, monopolisaient l’aide publique à la science.

Un secteur devenu littéralement marchand

Depuis les années 1990, la recherche connaît un autre bouleversement. L’aide internationale s’est restructurée et cherche désormais à arriver à ses fins, sans avoir à supporter des instituts de recherche beaucoup trop dépendantes. On assiste en plus à la naissance de nombreuses petites ONG, fondations, coopérations et associations, qui, tout comme les bailleurs, cherchent à s’associer les services de chercheurs locaux, afin d’assurer le rayonnement de leurs activités et programmes.

Ces structures sont devenues les principaux commanditaires d’études pour les chercheurs sénégalais, à qui elles offrent, aux uns, la possibilité de mettre à profit leur temps (si peu exploitée à l’université) et leurs hautes qualités intellectuelles ; aux autres, elles permettent de redorer leur image d’intellectuels libres de penser.

La nécessité d’une prise en main étatique

La recherche sénégalaise a toujours été et a su rester prolifique, et ce, malgré tous les bouleversements qu’a connu et que continue de connaître ce secteur. Mais le nouveau type de recherche au Sénégal, qui a des allures de marché, ne se préoccupe que très peu (ou pas du tout) de la recherche expérimentale ou exploratoire.

Les chercheurs, pour la plupart incapable de financer leur recherche, et les laboratoires de recherches presque tous surendettés, poussent les acteurs du milieu à se conformer au calendrier des bailleurs dont les préoccupations ont souvent très peu à voir avec des projets à long terme sur le développement des sciences et techniques ou avec l’éducation, principaux domaines en difficulté au Sénégal.

Il serait peut-être temps que l’État du Sénégal, à travers une véritable politique de restructuration, mette en place une plateforme inédite de financement de la recherche, mettant au même pied d’égalité et de traitement tous les chercheurs et favorisant une recherche exploratoire adaptée à nos besoins, parce qu’inspirée de nos problèmes.

Marième Kane

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