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Comment écrire correctement le wolof ?

Le décret du 21 octobre 2005 relatif à l’orthographe et la séparation des mots en wolof définit les principes et règles d’écriture de cette langue, la plus parlée au Sénégal. Le connaissez-vous ? Voici ce qu’il dit.

Partagez cette page Publié le 1er décembre 2022 | 0 commentaire

Quel plaisir de comprendre le wolof, comment les mots sont composés et d’appréhender les subtilités de cette langue.

Le décret

Article premier. – Les règles qui régissent l’orthographe et la séparation de mots en wolof sont fixées par le présent décret.

Chapitre premier. – L’alphabet

Art. 2. – L’alphabet wolof compte vingt-sept lettres, dont vingt et une consonnes et six voyelles, selon la liste alphabétique suivante :

Minuscule Majuscule Exemple Traduction
1. a A am avoir
2. b B ball jaillir
3. c C cin marmite
4. d D dem partir
5. e E ber isoler
6. ë Ë kër maison, domicile
7. f F fal élire
8. g G gan étranger
9. h H lehal faire manger
10. i I ilimaan imam
11. j J ji semer
12. k K kan trou
13. l L lan ? quoi ?
14. m M mar soif
15. n N naan boire
16. ñ Ñ ñam goûter/nourriture
17. ŋ Ŋ aam mâchoire
18. o O nob aimer, tomber amoureux
19. p P piis tissu
20. q Q ruq coin
21. r R ren cette année
22. s S soow lait caillé
23. t T tool champ
24. u U ub fermer
25. w W waññ/woññ compter
26. x X xar mouton/fendre
27. y Y yoo moustique

Les consonnes sont : b, c, d, f, g, h, j, k, j, i, m, n, ñ, ŋ, p, q, r, s, t, w, x, y.

Les voyelles sont : a, e, ë, i, o, u.

Chapitre II. – La Phonologie

Art. 3. – En wolof, toutes les consonnes peuvent être géminées à l’exception de f, h, q, s, et x. La gémination est pertinente et apparaît en position interne et finale de lexèmes. Elle se note par le redoublement de la consonne.

Exemples :

Wolof Français Wolof Français
lemi « aller plier » lemmi « déplier »
bët « œil » bëtt « passer en travers de »
sëg « cimetière » sëgg « se baisser, se courber »

Art. 4. – Toutes les consonnes occlusives du wolof peuvent être prénalisées. Pour les orthographier, la nasale m est utilisée devant les labiales b et p, et la nasale n devant toutes les autres consonnes :

Exemples :

Consonne Wolof Français
mb mboot « cafard »
mp nàmp « téter »
nd ndox « eau »
ng ngoon « soir »
nj njaay « vente » / nom de famille
nc denc « garder »
nk tànk « jambe, pied »
nq xonq « rouge »
nt bunt « porte ».

Art. 5. - Les occlusives sonores se réalisent sourdes en finale absolue de lexème. Mais elles sont toujours notées sous leur forme sonore, à l’écriture.

Exemples :

  • fab [fap] « prendre » => fabul « il n’a pas pris »
  • soj [s)c] « rhume/être enrhumé » => sojul « il n’est pas enrhumé »
  • néeg [ne :k] « chambre » => néegam « sa chambre »
  • toob [t ) :p] « nom de famille » => toobeen « la famille des Top ».

Art. 6. – Le graphe ë/Ë est choisi pour orthographier la voyelle centrale moyenne [ ].

Exemples :

Wolof Français
bënn « percer »
xëcc « tirer »
xëm « s’évanouir/se carboniser »
ëpp « être de trop, éventer »

Art. 7. – Pour les voyelles e et o, il existe une opposition pertinente d’aperture. La fermeture est notée par l’accent aigu.

Exemples :

Wolof Français Wolof Français
fel « puce » fél « heurter »
xel « intelligence » xél « fuite, vitesse »
jodd « tout droit » jodd « plat à base de manioc »
xott « coque » xott « onomatopée exprimant la mollesse

Art. 8. Il existe trois sortes de voyelles a en wolof :

  • une voyelle notée a/A ;
  • une voyelle plus ouverte notée à/À ;
  • une voyelle nasale notée ã/Ã.
Wolof Français
am « avoir »
àll « brousse »
ãhãa ! « ah bon ! »

Art. 9. – Dans le système vocalique wolof, à chaque voyelle brève correspond une longue, à l’exception de la voyelle « à » :

Voyelles brèvesVoyelles longues
a gal « argent pur/ enfler (pied) » aa gaal « pirogue »
à àll « brousse »
ã ahã « oui » ãa ãhãa ! « ah bon ! »
e set « propre » ee seet « chercher »
é wér « sain » ée wéer « adosser »
ë bër « vacance » ëe bëer « (variété de poisson) »
i bir « être clair, audible » ii biir « ventre »
o xol « cœur » oo xool « regarder »
o xott « exprimant la mollesse » oo xoot « onomatopée profond »
u tur « prénom » uu tuur « verser »

Art. 10. – Lorsque la voyelle longue (suite de deux brèves identiques) est accentuée, seule la première voyelle porte l’accent. Il en est de même de la voyelle centrale.

Wolof Français
néeg « chambre »
xoot « profond »
bëer « variété de poisson »

Art. 11. – Du fait de l’harmonie vocalique, lorsque la première voyelle d’un mot est fermée (i, u, e, o), toutes les voyelles des syllabes suivantes se réalisent fermées. En vertu de cette prévisibilité, seules les premières voyelles sont notées fermées, avec un accent, lorsqu’il s’agit de e ou o.

Wolof Accentuation Français
ndimo [ndimo] « tissu »
puso [puso] « aiguille »
goore [go :re] « faire homme »
téere [te :re] « livre »
su wutee [su wute :] « s’il cherche ».

Chapitre III. – Le nom et ses déterminants

Art. 12. – Tout élément qui détermine un nom en est séparé. Toutefois, le possessif "am" de la 3e personne du singulier, postposé au nom, lui est rattaché.

Exemples :

Wolof Français
am réew « un pays »
kër googu « cette maison »
sunu xarit « notre ami »
Mais :
rëewam « son pays »
xaritam « son ami »
am « son front »
nooam « son souffle »

Art. 13. – Dans un syntagme déterminatif, la marque -u/-i du rapport complétant/complété est rattachée au terme complété.

Exemples :

Wolof Français
néegu ñax « la case en paille (paillote) »
ay saami kaani « des tas de piment »
fukkéelu garab gi « le dixième arbre »

Chapitre IV. – Le verbe et ses modalités

Art. 14 – Les marques polysyllabiques de modalité verbale suivantes forment une seule unité graphique :

  • dama, danga, dafa, danu, dangeen, dañu, nanu, nañu,
  • dinaa, dinga, dina, dinanu, dingeen, dinañu, duma, dunu, dungeen, duñu,
  • lanu, lañu.

Ces marques de modalités sont séparées du verbe, de même que ma, maa, doon, daan :

Exemples :

Wolof Français
dama gis « j’ai vu »
gis nañu « ils ont vu »
dungeen gis « vous ne verrez pas »
goor lañu « ce sont des hommes »
maa doon foot « c’est moi qui lavais le linge »
dina gis « il verra »

Art. 15. – La marque de locatif "ng" affectée d’une voyelle exprimant la distance est autonome.

Wolof Français
ma/mu nga ca biir « il est à l’itérieur »
maa ngi fii toog « je suis assis ici »
mu nga nee « le voilà »

Art. 16. – Sont rattachées au radical verbal, les marques :

Du perfectif négatif
gisuma « je n’ai pas vu »
gisunu « nous n’avons pas vu »
De l’impératif
gisal « vois »
gisleen « voyez »
Du passé, sous la forme –oon ou –aan :
gisoon nañu « ils avaient vu »
su gisaan « quand il voyait »
De la conditionnalité (sous ses différentes formes aa – ee –oo) :
su ma bëggee « si je veux
bu soxlaa « s’il est dans le besoin, s’il a besoin de »
su nu nangoo « si nous acceptons »
bi/ba mu ñëwee « quand il est venu »

Art. 17. – Lorsque la marque du passé se présente sous la forme "woon" ou "waan", elle est séparée du verbe.

Exemples :

Wolof Français
gisuma woon « je n’avais pas vu »
waxuleen woon loolu « vous n’aviez pas dit ça »
su demul waan/woon « s’il lui arrivait de ne pas partir »

Art. 18. – L’élément emphatique "a" ou "ay" (contraction de "a di") est séparé du mot qui le précède, lorsque ce dernier se termine par une consonne, mais il lui est rattaché, si celui-ci se termine par une voyelle, donnant ainsi une forme contractée avec cette dernière.

Exemples :

Wolof Français
sa nijaay a ko wax « c’est ton oncle qui l’a dit »
Momar a ubbi bunt bi « c’est Momar qui a ouvert la porte »
muus a ngi ci néeg bi « il y a un chat dans la chambre »
wax a wax ba soon « être fatigué à force de parler »
nit, nit ay garabam « l’homme est le remède de l’homme »
Yalla rekk ay Buur « il n’y a de Dieu que Dieu »
Mais :
kuraa ko yonni « c’est Coura qui l’envoie »
Faatoo ubbi bunt bi « c’est Fatou qui a ouvert la porte ».

Art. 19. – Les éléments de forme contractée ne sont pas séparés. Ils sont notés en une seule unité graphique.

Exemples :

Wolof Français
(Faatu + a + ngi) => Faatoongi « voici Fatou »
(téere + am) => téereem « son livre »

Chapitre V. – La dérivation et la composition

Art. 20. – Les affixes de dérivation sont rattachés au radical. En wolof, les préfixes sont peu nombreux et peu productifs. Parmi ceux-ci, on peut noter :

  • saa => Saayaali, Saakura, Saangoone, Saanjambur (noms propres)
  • ma(a) => Masoogi, Manjaay, Masoxna, Maajoor (noms propres)
  • (n)ja => njaboot (famille) de boot (porter sur le dos), njanaaw (ensemble des oiseaux) de naaw (voler), janiiw/njaniiw (l’au-delà) de niiw (corps d’un mort)
  • ba(n) => bànneex (bonheur) de neex (être bon), barax (herbe qui pousse dans les marigots) de rax (mélanger)
  • ga => gawar (cavalier) de war (monter), gàncax (pousses de culture) de sax (pousser, germer)
  • ka => kajoor (royaume, contrée) de joor (terre sablonneuse), kawar (cheveux) de war (monter).

Par contre, les suffixes sont nombreux et productifs. Leur graphie reste invariable malgré la variation de prononciation due à l’harmonie vocalique. Parmi ceux-ci on peut noter :

  • al => baxal « faire bouillir » de bax « bouillir »
  • adi => tëradi « être agité dans son sommeil » de tër « immobiliser »
  • ale => ganale « gâter son hôte » de gan « étranger/hôte »
  • ati => waxati « redire » de wax « parler »

Malgré la lourdeur séquentielle apparente, lorsqu’un suffixe commençant par une consonne s’ajoute à un radical terminé par la même consonne géminée, il est convenu de tenir compte du phénomène de la suffixation et d’écrire les trois consonnes.

  • ekk + kat => lekkkat « le mangeur »
  • xàll + leen => xàllleen « faites place »
  • lakk + kat=> làkkkat « personne étrangère à l’ethnie wolof ».

Art. 21. – Lorsque les éléments d’un mot composé peuvent avoir une existence autonome ou lorsqu’il s’agit d’un redoublement de radical, ces éléments sont séparés par un trait d’union.

  • gaynde « lion » + géej « mer » => gaynde- géej « requin »
  • mbaam « âne » + àll « brousse » => mbaam-àll « phacochère »
  • xam-xam « connaissance, science »
  • lakk-lakk « brûlure »
  • waalo-waalo « ressortissant du Wâlo ».

Chapitre VI. – Les signes et la ponctuation

Art. 23. – En wolof, les signes et la ponctuation sont les mêmes qu’en français, mais l’on tient compte de la structure de la phrase wolof.

Les signes employés sont :

Français Signe Wolof
Point . tomb
Virgule , kos
Point-virgule  ; tom-kos
Accent aigu , yat/yet   bu jëm cammoñ
Accent grave yat/yet bu jëm ndeyjoor
Tréma ¨ tomb kaw/kow
Tildé   ñox
Deux points  : ñaari tomb


Art. 24. –
Sont abrogées toutes dispositions contraires au présent décret, notamment le décret 85-1232 du 20 novembre 1985. Fait à Dakar, le 21 octobre 2005

Abdoulaye WADE.
Par le Président de la République :
Le Premier Ministre,
Macky SALL.

Texte d’illustration

Làmb

Làmb powum cosaan la ci réew mi. Dëkk bu ne am na ay mbër yu ràññiku. Mbër yu ndaw yi, ci mbappat lañu daan gimmee ci bëre. Bu jëkk, lolli lañu daan tëgg làmb ; dëkk bu tëgg, ña ko wër wallisi.

Booba melul ni leegi, ndax mbër ya daawuñu am dara ; po rekk la woon ; ku ci nekk, li la soxaloon moo doon ub làmb ja. Leegi nag, xaalis bu takku la Mbër yiy laaj.

Mbër mu ci siiw, boo nangoo bëre, ñi la dar ñooy waxaale ak boroom làmb yi ; bu ñëpp bokkee kàddu, ñu dawal la xaalis bu am solo.

Boo bëree, bu bëre bi sottee, ñu jox la la ca des. Looloo tax ba ku daan am, te ku daanu itam am sag pey.

La Lutte

La lutte est un jeu traditionnel dans ce pays. Chaque village a des lutteurs distingués. Les jeunes lutteurs s’aguerrissaient durant les séances nocturnes. Autrefois, c’est après les récoltes que l’on organisait les séances de lutte. Chaque village qui en organisait, recevait la visite des lutteurs venus des villages voisins. De nos jours, les choses ne se font plus comme avant, parce qu’à l’époque les lutteurs ne recevaient rien. C’était simplement un jeu. Ce qui intéressait chaque protagoniste, c’était de remporter le dernier combat, celui des champions. Aujourd’hui, les lutteurs réclament beaucoup d’argent. Les plus connus, s’ils acceptent un combat, ce sont les membres de leur encadrement qui négocient avec l’organisateur. Si les deux parties tombent d’accord, le lutteur reçoit une avance substantielle. Au terme du combat, il reçoit le reste. C’est pourquoi, le vainqueur, tout comme le vaincu, perçoivent leur cachet.

Source : https://labo-styloculture.com/wolofologos/decret-n-2005-992-du-21-octobre-2005/

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