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Au Sénégal, le pillage du poisson continue

Le poisson, longtemps considéré comme une ressource illimitée, disparaît en réalité de plus en plus dans des pays d’Afrique de l’Ouest comme le Sénégal, où la pêche pratiquée par des chalutiers étrangers épuise les océans, entraînant des conséquences dramatiques sur la sécurité alimentaire. À qui profite le poisson du Sénégal ?

Partagez cette page Publié le 4 mars 2022 | 2 commentaires

Au Sénégal, le poisson est l’un élément essentiel du régime alimentaire et de l’économie du pays. Mais ces derniers temps, la pêche pratiquée par des chalutiers étrangers épuise les océans et détruit les moyens de subsistance et l’approvisionnement en nourritures des communautés côtières.

Quelques chiffres

  • Au Sénégal, la consommation annuelle de poisson, par habitant, est de 29 kg, soit deux fois la consommation moyenne de la sous-région.
  • Près de 20 000 embarcations de pêche artisanale sont inventoriées, pour 53 000 pêcheurs recensés.
  • 430 000 tonnes de poissons sont débarqués chaque année, pour une valeur de 155 milliards de F.CFA.
  • La pêche artisanale représente 90 % des prises.
  • La quantité de produits transformés est de l’ordre de 40 000 tonnes/an.
  • Les recettes tirées des exportations de produits de la pêche sont de 202 milliards FCFA.

Source : ANSD, 2015

L’impact n’est pas seulement ressenti par les pêcheurs mais aussi par tous ceux qui consomment du poisson ou dont les activités sont liées au poisson, comme les femmes transformatrices. Elles ne réalisent plus de bénéfices alors qu’elles dépendent essentiellement de cette ressource devenue de plus en plus rare.

Le départ en mer de pêcheurs sénégalais

Afin de protéger l’industrie de la pêche au Sénégal, le gouvernement a instauré des lois limitant les licences de pêches uniquement aux entreprises sénégalaises. Malgré cela, une bonne partie des chalutiers industriels sont contrôlés par des entreprises étrangères notamment chinoises, qui enfreignent les règles en utilisant les entreprises locales comme couverture pour apparaître comme étant sénégalaise sur le papier. Les côtes sénégalaises très poissonneuses sont devenues une aubaine pour les pilleurs de ressources maritimes.

Les accords de pêches entre le Sénégal et l’UE pointés du doigt

L’Union européenne, dont les accords signés avec le Sénégal permettent aux chalutiers français, espagnols mais aussi portugais de venir pêcher dans les eaux sénégalaises, est souvent accusée d’être à l’origine de la diminution des ressources poissonnières. Certains chalutiers ont recours à des méthodes de pêches illégales afin d’augmenter leurs prises et échappent à tout contrôle.

L’accord entre le Sénégal et l’UE date de 2014 et est renouvelé tacitement tous les cinq ans avec un droit à la capture de 10 000 tonnes de thon et 1 750 tonnes de merlu par an. Ainsi 47 navires européens sont autorisés à pêcher dans les eaux sénégalaises.

Face à ces géants de la mer avec leurs bateaux sophistiqués, les pirogues sénégalaises et leurs méthodes de pêche artisanales ne font pas le poids. À cela s’ajoute l’emploi de filets de pêches illégaux. L’ONG Greenpeace ne cesse de dénoncer cette situation, mais le pillage continue.

Les usines de farine et d’huile de poisson, le bât qui blesse

Bien qu’il s’agisse d’une source de nourriture vitale pour les populations locales, une bonne partie du poisson pêché par les chalutiers étrangers fini dans les usines de farine de poissons qui ont fleuri sur toute la côte sénégalaise.

À Mbour, des femmes dénoncent les usines de farine de poisson

La production d’huiles et de farines de poisson a été multipliée par deux au cours de la dernière décennie. Ces usines payent une prime pour acheter du poisson qu’elles transforment en aliments pour animaux – dont des poissons ! – en grande partie destinés au marché chinois.

En 2019, Greenpeace a dénombré huit usines de farine de poisson installées le long des côtes sénégalaises et réclame également le gel de nouvelles autorisations d’implantation d’usines de farine de poisson. Selon l’ONG, leur présence entraîne non seulement la réduction de la population de petits poissons pélagiques tels que la sardinelle, privilégiée par ces usines, mais aussi les gens mangent de moins en moins de protéines et cela à de nombreuses répercutions sur la santé des populations.

Le poisson représente une ressource incontournable qui permet de nourrir des milliers de Sénégalais. Si rien n’est fait pour y remédier, cette situation risque d’avoir un impact majeur au Sénégal. Les problèmes de migration augmenteront et les problèmes sociaux se multiplieront.

Agir

Les femmes en Afrique de l’Ouest sont en première ligne de la bataille pour le respect des droits fondamentaux pour nourrir et assurer le bien être de leur famille.

Elles s’opposent à l’expansion des usines d’huile et de farine de poisson qui menacent leur sécurité alimentaire, leur travail et les écosystèmes marins.

Signez la pétition ici

Amadou Gueye.

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Messages

  • fr

    Les zones éloignées ne reçoivent pas de poisson.

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  • ch

    Au Sénégal, tout est toujours de la faute des étrangers. Les accords de pêche sont pourtant conclus par et les concessions de pêche accordées par des ministres et des fonctionnaires sénégalais et les garde-côtes ferment les deux yeux lorsque le pot de vin est attrayant. Les plus grands escrocs sont leurs propres compatriotes, mais les fiers Sénégalais ne veulent évidemment pas le savoir. A l’abri des regards, ils admirent même ces voyous du peuple, car en fin de compte, seul Xalis compte dans ce pays.

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